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H5N1 : la recherche, meilleur levier de lutte contre le risque d’une pandémie ?

Lors de la Conférence internationale sur la grippe aviaire chez l’homme qui s’est tenue à l’Institut Pasteur de Paris le 1er juin 2007, le point a été fait aussi bien sur les aspects économiques, scientifiques, médicaux, et de nouvelles pistes de traitement ont été évoquées.

En pratique, la principale piste reste l’utilisation des traitements qui existent déjà, en premier lieu l’oseltamivir dont un responsable de Roche a rappelé qu’avec ses efforts pour augmenter ses propres capacités de production et les accords avec une vingtaine de partenaires, il est possible de produire plus de 400 millions de traitements annuellement, ce qui dépasse les commandes des gouvernements. Ce médicament a déjà été donné à quelques personnes ayant contracté le virus H5N1. Mais en absence d’essai clinique – puisque jusqu’à présent le nombre de personnes atteintes de la grippe aviaire a été, heureusement, limité – les informations disponibles sur les bénéfices de cette molécule face au virus H5N1 sont assez restreintes.

C’est pourquoi selon Elena Govorkova du St Jude Children’s Research Hospital à Memphis, les modèles animaux s’avèrent particulièrement importants pour déterminer la meilleure modalité de traitement ce qui l’a donc conduite à étudier l’oseltamivir, dans un modèle de furets. Les chercheurs américains ont travaillé d’abord avec la souche A/Vietnam/1203/04 de H5N1, qui est létale pour le furet. A une dose équivalente à la dose humaine, pour cinq jours de traitement, l’administration de l’antiviral dès quatre heures après l’injection du virus a permis de prévenir les décès. Mais quand l’administration débutait 24 h après, les animaux décédaient. Cet aspect du délai de latence entre l’inoculation du virus et le début du traitement, en cas de pandémie, est le point fragile de la stratégie des plans de prévention. Xavier Bertrand, alors Ministère de la Santé, avait eu l’occasion de le rappeler en début d’année à l’occasion d’un exercice de préparation à la pandémie grippale dans la Somme entre le Samu 80 et le Centre Hospitalier de Doullens.

Mais les chercheurs montrent aujourd’hui qu’en augmentant la dose, à 25 mg/kg/j au lieu de 5 mg/kg/j, et en débutant le traitement même 24 h après l’inoculation du virus, les furets ont survécu et ont eu moins de symptômes, moins de virus circulant et moins de dissémination dans les organes. Par ailleurs, les animaux qui ont survécu ont été de nouveau inoculés avec le virus aviaire et, sans traitement, ont tous survécu, ce qui montre que la première infection les a immunisés. Deux informations intéressantes pour la recherche et pour les stratégies de préventions. Précisons qu’au cours de cette présentation, le représentant du laboratoire Roche, celui-ci a indiqué qu’un dosage faible pour les enfants est en cours d’enregistrement et d’autres formulations pour les enfants sont à l’étude faisant écho au contexte essentiellement japonais où des restrictions d’administration de cette molécule ont été prises vis-à-vis des enfants et des adolescents suite à des cas de tentative de suicide.

Plusieurs autres équipes travaillent quant à elles sur des voies de traitement totalement différentes, applicables à tous les types de grippe, aviaire ou classique.

Ainsi, Stacey Schultz-Cherry de l’université du Wisconsin et son équipe ont évalué une stratégie qui est déjà employée contre d’autres virus, notamment le VIH en cherchant à bloquer l’entrée du virus dans les cellules.

D. Strayer d’Hemispherx Biopharma à Philadelphie a évalué in vitro l’intérêt contre la grippe d’Ampligen*, un produit développé par cette société dans différentes indications et qui a des effets à la fois antiviraux et immunomodulateurs. L’idée n’est pas d’employer cette molécule seule mais de l’associer aux antigrippaux actuels, considérant qu’une multithérapie permettrait de diminuer le risque.

Egalement au stade de l’évaluation in vitro, la société JADO Technologies à Dresde en Allemagne poursuit une autre stratégie qui consiste à interférer avec l’enveloppe du virus. Cornelia Schroeder et ses collègues ont élaboré un aminostéroïde qui spécifiquement interfère avec l’étape de bourgeonnement et qui a in vitro un effet virucide et s’est montré efficace aussi bien sur des virus de la grippe humaine que sur un virus de grippe aviaire.

Autant de pistes pour la recherche permettant à terme de lutter plus efficacement contre le risque d’une pandémie mondiale.

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