Du risque d’être touriste …

Le numéro thématique du BEH sur la santé des voyageurs 2007 (en date du 19 juin), avec neuf articles sur des sujets variés, dresse un large panorama des risques encourus par les voyageurs et de leurs pratiques de prévention et met aussi l’accent sur le problème majeur des maladies d’importation.

Le premier article décrit le dénominateur commun : les Français voyagent de plus en plus. En 2006, plus de 11 millions de Français ont voyagé à l’étranger, dans plus de 120 pays. Ceci correspond à plus de 22 millions de séjours dont 7 millions dans des pays en voie de développement. Parmi eux, près de 3 millions de séjours sont effectués dans des pays méditerranéens : Maroc, Tunisie, Égypte, Turquie. Certes, ces destinations ne sont pas situées en zone tropicale, mais l’observation de cette population de voyageurs est intéressante à double titre. D’une part, elle est confrontée à de nombreux risques d’infections dont certaines, comme l’hépatite A, peuvent bénéficier d’une prévention vaccinale. D’autre part, elle a tendance à négliger le plus souvent les mesures préventives offertes.

Deux articles relatent les attitudes et pratiques des voyageurs français. Ils concernent l’un les risques de paludisme et l’autre plus largement les risques infectieux. Comme dans d’autres études déjà publiées, les résultats sont loin d’être satisfaisants. Ainsi, l’hétérogénéité des médicaments antipaludéens prescrits pour chaque destination, par exemple en Afrique tropicale, montre que la « doctrine » actuelle est soit insuffisamment connue, soit non respectée par une large proportion de professionnels de santé français. Au niveau mondial, un réel progrès serait franchi si l’industrie du voyage contribuait à promouvoir les informations essentielles sur les risques sanitaires et recommandait aux voyageurs de consulter un spécialiste de médecine des voyages. Il faut aussi insister sur le fait que la première ligne de défense contre le paludisme reste la lutte contre les piqûres de moustiques.

Deux autres études ont analysé les motifs de consultation au retour de voyage en zone tropicale. La première, un vaste travail mené dans différents hôpitaux parisiens montre que le paludisme demeure le diagnostic le plus fréquemment posé chez des voyageurs fébriles, surtout parmi ceux revenant d’Afrique. Bien entendu, les patients vus en milieu hospitalier sont plus sévèrement malades. Et, les résultats de la deuxième étude, réalisée en médecine de ville pour laquelle ce biais de sélection n’existe pas, confirment que les principaux problèmes de santé chez des voyageurs malades dans les jours suivant leur retour sont les infections gastro-intestinales et les infections respiratoires. Toujours concernant le paludisme, la relation d’un cas autochtone en Corse vient à point nommé pour illustrer le risque non théorique de réintroduction du paludisme dans des zones d’ancienne endémie. Les arboviroses sont un sujet emblématique ; la dengue et le chikungunya sont des exemples d’infections émergentes de grande importance pour les voyageurs. Aux yeux du monde entier, ce fut une surprise de constater l’explosion du nombre de cas de chikungunya chez les voyageurs français en 2006 et la dengue est maintenant une maladie plus fréquemment importée d’Asie que le paludisme.

Pour finir, deux articles sur la fièvre jaune et sa vaccination témoignent de la nécessité de toujours mettre en balance le risque d’infection versus le risque d’effets indésirables, notamment lorsqu’il s’agit de patients infectés par le VIH.

L’ensemble de ces problématiques, notamment les évolutions récentes, illustrent combien l’épidémiologie des voyages est un domaine mouvant, exigeant de la part des spécialistes une connaissance approfondie, entretenue par une formation médicale permanente, et la mise à jour continue des données.

Ce numéro du BEH se focalise sur les risques infectieux. Mais rappelons cependant que le plus grand nombre de vies perdues par les voyageurs est du aux accidents. Comme cela a été publié l’année dernière dans le numéro thématique Santé des voyageurs du BEH, les accidents de la voie publique sont, avec 28 % des décès, la première cause de mortalité en voyage, auxquels s’ajoutent 6 % de décès dus aux noyades.

Tous les médecins du voyage doivent donc se mobiliser pour réduire ce fléau et, notamment, recommander aux consultants le port de casques en deux-roues et celui de la ceinture de sécurité en voiture.

Du risque d'être touriste ... dans ACTUALITES pdf Santé des voyageurs – 2007

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